Le groupe « Sciences Sociales & Dopage » (Dir. Patrick Trabal, Equipe Sciences Sociales, CERSM)

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Le groupe Sciences Sociales & Dopage, créé et dirigé par Patrick Trabal, regroupe des membres de l'équipe Sciences Sociales du CERSM (EA 2931) mais aussi des chercheurs d'autres universités qui travaillent le dopage.

Depuis 2002, le groupe Sciences Sociales & Dopage étudie les pratiques dopantes en portant l'analyse tant sur l'utilisation de méthodes et les consommations de produits interdits, que sur les façons de les saisir, ou sur l'activité visant à les combattre.

Un travail dans la durée

Notre approche se caractérise d'une part, par son inscription dans la durée qui permet de saisir l'évolution des pratiques et des débats ; c'est à ce prix que l'on peut saisir la portée d'une révélation, d'un rebondissement dans une affaire ou les enjeux d'une modification dans l'organisation de la lutte antidopage.

Des découpages à interroger


Une des difficultés des sciences sociales à appréhender le problème du dopage tient à un découpage de l’objet. On peut en effet, selon nous, classer la littérature en trois grandes parties :
  • Il existe des travaux sur les représentations du dopage, sur les questions éthiques que soulèvent les politiques antidopage, sur les principes axiologiques fondant toute prise de parole d’acteurs sur ces pratiques prohibées et/ou sur les façons de les combattre. Comme le montre Mignon (2002), il s’agit assez souvent de recherches qui dépassent la question du dopage ou qui visent à la resituer dans le contexte plus large d’études sur le sport, sur la société ou encore sur les significations sociales des épreuves sportives.
  • Quelques études visant à évaluer les pratiques dopantes elles-mêmes ont été publiées. Ce sont essentiellement les questions concernant la prévalence du dopage qui animent des chercheurs qui s’engagent dans une « épidémiologie sociale » en s’efforçant de discriminer les pratiques dopantes selon des variables (le genre, l’âge, le type de pratique, la ou les disciplines sportive(s)) et en mobilisant, pour cela, des enquêtes le plus souvent quantitatives (à l’exception de quelques travaux à partir d’entretiens ou de récits de vie) et parfois longitudinale.
  • Nous pouvons recenser quelques recherches sur les dispositifs de lutte antidopage. Il s’agit d’analyses des politiques publiques du sport ou sur les politiques sanitaires ou d’études sur la prévention (parfois élargies à la question de l’éducation à la santé) mais elles sont peu nombreuses.

Il nous semble qu’une bonne compréhension du dopage et une amélioration de la lutte antidopage passent par le développement de recherches non seulement sur ces trois niveaux d’investigation mais aussi sur leur articulation. Cela suppose de développer des données et des analyses sur les contextes sociaux et politiques dans lesquels le dopage émerge, des études qualitatives sur les témoignages du dopage, des recherches sur les dispositifs qui, par nature, ont vocation à faire le lien entre des principes axiologiques et les milieux qu’ils entendent pénétrer et modifier.

Un travail sur les textes qui explicitent des pratiques, des valeurs et des arguments

Pour analyser les articulations entre les différents niveaux et les tensions, il nous semble décisif de travailler sur des textes. C’est par le langage que s’expriment les pratiques et les acteurs ont à cœur de rendre compréhensibles leurs contraintes et leurs actions. C’est surtout par des textes que se défendent les conceptions et les points de vue. Mais c’est aussi par la langue que les acteurs vont s’efforcer de communiquer leurs expériences pour lier leurs valeurs et leurs contraintes. D’une façon plus générale, c’est par le récit et l’argumentation et donc par la langue, que l’on peut saisir les possibilités d’un changement.
Comment traiter tous ces textes ? Les avancées de la socio-informatique, historiquement liée à la sociologie des risques, ouvrent des perspectives intéressantes. Si l’on refuse de céder à la tentation essayiste, qui consiste à commenter sans contrôle des séries documentaires sans logique d’enquête et sans instruments contraignants, les exigences du travail sociologique conduisent le plus souvent à accumuler des données sur quelques aspects et produire des connaissances limitées au découpage de l’objet. Peut-on respecter les exigences de l’enquête et de l’analyse scientifique, et tenter des comparaisons sur les différentes valences d’un objet aussi complexe que le dopage ? Peut-on imaginer confronter ces questions avec celles d’autres terrains ? Il existe une pluralité de traitements des corpus de textes, notamment statistiques. Nous avons pris le parti de travailler avec des outils informatiques permettant de relier quatre dimensions, qui ont souvent fait l’objet de formalisations jusqu’alors séparées : une dimension statistique, permettant de traiter de grandes quantités d’énoncés ; une dimension sémantique, capable de rendre compte des significations attribuées à des thèmes ou des personnages, des formules ou des argumentaires ; une dimension historique, renvoyant aux phénomènes de gradualité ou de ruptures, de retour sur le passé ou d’engagement sur le futur ; et enfin une dimension pragmatique, liée aux cadres de l’action et de l’énonciation. Les textes de nos corpus peuvent ainsi se décrire dans ces quatre dimensions, sans subir de réduction dommageable à de bonnes interprétations théoriques. Pour lier ces différents aspects, il faut interroger les différentes stratégies de codage des éléments du discours. Pour avoir du sens, la représentation de structures textuelles doit assumer le fait que le chercheur est lui-même conduit à interpréter les textes (Chateauraynaud, 2003).

Le logiciel Prospéro et les programmes qui l’accompagnent, sont précisément construits autour de cette exigence : l’utilisateur doit pouvoir évaluer plusieurs jeux d’interprétations. Nos liens privilégiés avec l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et Doxa où se développent ces outils permettent de mener des collaborations intéressantes. D’une part, elles nous permettent d’utiliser ces outils et participer à leurs développements qui correspondent parfaitement à nos besoins. D’autre part, en mobilisant les instruments utilisés par les spécialistes de la sociologie des risques, nous pouvons comparer la question du dopage avec celle des maladies à prions, des problèmes liés à l’amiante, des débats sur les OGM ou encore sur la sécurité routière – autant de perspectives envisageables car nous partageons avec cette communauté de chercheurs les mêmes préoccupations théoriques et empiriques.

Publications sur le programme de recherche

  • Trabal P., Zubizarreta E., 2015, "Sociología del dopaje y de la lucha antidopaje: construcción de un programa de investigación" in R. Pardo, T. Gonzalez Aja, P. Irureta-Goyena (eds), El fenómeno del dopaje desde la perspectiva de las Ciencias Sociales, Madrid, Universidad Politécnica de Madrid, pp. 327-338. (Texte en ligne)
  • TRABAL P., 2015, "The Fight against Doping in Sport as a Sociology Issue – Construction of a Research Programme", European Journal of Social Sciences, Vol. 50 No 3 December, 2015, pp. 301-312 (preprint on line)

Mis à jour le 10 mai 2016